_ * Testimony of a Quebec humanitarian worker in Ayiti * _: FRENCH& ENGLISH VERSION

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_ * Testimony of a Quebec humanitarian worker in Ayiti * _:

It was with a heavy heart that I was repatriated yesterday from my adopted country of the last 3 months, one month before my scheduled return date. I am sad to have left as quickly, certainly, but even more torn to have left the country in the state it is now. What upsets me most is the helplessness I felt about injustice in the world. We often hear about inequalities and we often take for granted the privileges we have, which today have made me deeply uncomfortable …

This weekend, burn victims in an explosion in the city I was in had difficulty getting the care they needed to survive, not just because there are not enough health workers in most facilities at the national level (because the Haitian state rarely pays its employees, whether doctors, professors, policemen, etc.), but also because access to drinking water, medicines, equipment is very limited and even more recently with the scarcity of fuel. Since electricity in Haiti is essentially based on burning gasoline, the current scarcity in the country is forcing health care providers to pay patients for fuel even before treatment. Health care and services were precarious for the majority of the population. Add to this the fact that the authority of production and control of electricity in Haiti (EDH) no longer serves the city of Les Cayes for more than two months, leaving the population in the “blakawout” daily.

Access to food, already extremely limited, is even more difficult with the exponential increase in food prices accentuated by the scarcity of fuel. The absurdity of the situation is that while more than 6 million Haitians live below the poverty line (less than $ 2.41 / day) and more than 2.5 million below the extreme poverty line ( $ 1.23 / d), President Jovenel Moïse continues to turn a deaf ear after participating in the misappropriation of more than US $ 4.2 billion in public funds lent with an annual interest rate of 1% by Venezuela. Contradictorily, Moses also opposed the Maduro regime at the head of the country at the OAS meeting.

All this besides the leaders of the influential countries, including Canada, who are complicit in this corruption by supporting it. Sadly, the means of advocacy currently used to denounce injustice (looting shops, supermarkets, offices of national and international organizations, or even hospitals to name but a few) will ultimately affect those people who are already under the poverty line, while the country’s wealthy rulers and their friends will continue to grow rich.

It was with the contribution of several organizations and a sustained collective effort to find gasoline that an ambulance was mobilized to take the casualties of the explosion to specialized care in Port-au-Prince. 4 hours drive from Les Cayes). Tragically, a child among the victims aboard the ambulance succumbed to his burns, as the vehicle was held in the barricades crippling the road to the capital for several weeks.

IRONICALLY, on October 1st, 2019, a private plane was quickly brought to the Antoine-Simon des Cayes airport to repatriate me with other foreign colleagues to the Port-au-Prince airport, all in less an hour, in order to ensure our safety. To know that this same privilege could have helped save lives really upsets me and makes me feel unjustly privileged. Why would my safety be worth more than the life of a suffering child?

Once again, I salute the courage of Haitians, a resilient people I know. I remain hopeful that this country will change over the next few years. The work will be difficult but each of us can contribute by stopping to endorse corruption in countries like Haiti. I invite you to share this testimony so that people become aware of what is happening now, since the media do not dare to even touch the subject visibly.

Andréanne Bégin

* Health professional who worked in Les Cayes *

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À lire!

_*Témoignage d’une travailleuse humanitaire québécoise en Ayiti*_:

C’est avec le cœur gros que j’ai été rapatriée hier de mon pays d’adoption des 3 derniers mois, soit un mois avant ma date de retour prévue. Je suis triste d’être partie aussi rapidement, certes, mais encore plus déchirée d’avoir laissé le pays dans l’état qu’il est actuellement. Ce qui me bouleverse surtout, c’est l’impuissance que j’ai ressentie par rapport à l’injustice dans le monde. On entend souvent parler d’inégalités et on prend trop souvent pour acquis les privilèges que l’on a, qui aujourd’hui m’ont rendu profondément inconfortable…

Cette fin de semaine, des grands brûlés victimes d’une explosion dans la ville où je me trouvais ont eu de la difficulté à joindre les soins nécessaires pour assurer leur survie, non seulement parce que le personnel de santé est insuffisant dans la plupart des établissements à l’échelle nationale (car l’état haïtien paie rarement ses employés qu’il s’agisse de médecins, professeurs, policiers, etc.), mais également parce que l’accès à l’eau potable, aux médicaments, à l’équipement est très limité et encore plus récemment avec la rareté du carburant. Puisque l’électricité en Haïti repose essentiellement sur la combustion d’essence, la pénurie qui secoue actuellement le pays oblige même les prestataires de soins de santé à faire payer le carburant aux patients avant même d’être soignés, déjà que l’accès aux soins et services de santé était précaire pour la majorité de la population. Ajoutons à cela le fait que l’instance de production et de contrôle de l’électricité en Haïti (EDH) ne dessert plus la ville des Cayes depuis plus de deux mois, laissant la population dans le «blakawout» au quotidien.

L’accès aux aliments, déjà extrêmement restreint, est encore plus difficile avec la hausse exponentielle du prix des denrées accentuée par la rareté du carburant. L’absurdité de la situation c’est que pendant que plus de 6 millions d’Haïtiens vivent sous le seuil de pauvreté (moins de 2,41 $/j) et plus de 2,5 millions sous le seuil de la pauvreté extrême (1,23 $/j), le président Jovenel Moïse continue de faire la sourde oreille après avoir participé au détournement de plus de 4.2 milliards de dollars américains en fonds publics prêtés avec un taux d’intérêt annuel de 1% par le Venezuela. Contradictoirement, Moïse s’est également opposé au régime de Maduro en tête de ce pays lors de la réunion de l’OEA.

Le tout sans compter que les dirigeants des pays influents dont le Canada sont complices de cette corruption en l’appuyant. Tristement, les moyens de revendication actuellement utilisés pour dénoncer l’injustice (pillage de commerces, supermarchés, bureaux d’organisations nationales et internationales, voire même des hôpitaux pour n’en citer que quelques-uns) affecteront ultimement davantage ces gens se trouvant déjà sous le seuil de la pauvreté, pendant que les riches dirigeants du pays ainsi que leurs amis continueront de s’enrichir.

C’est avec la contribution de plusieurs organisations et d’un effort collectif soutenu pour trouver de l’essence qu’on a pu mobiliser une ambulance pour conduire les blessés de l’explosion aux soins spécialisés de Port-Au-Prince (à plus de 4 heures de route des Cayes). Tragiquement, un enfant parmi les victimes à bord de l’ambulance a succombé à ses brûlures, car le véhicule a été retenu dans les barricades paralysant la route vers la capitale depuis plusieurs semaines.

IRONIQUEMENT, le 1er octobre 2019, on a rapidement fait venir un avion privé à l’aéroport Antoine-Simon des Cayes pour me rapatrier avec d’autres collègues étrangers à l’aéroport de Port-Au-Prince, le tout en moins d’une heure, dans le but d’assurer notre sécurité. Savoir que ce même privilège aurait pu contribuer à sauver des vies me bouleverse sincèrement et me fait sentir injustement privilégiée. Pourquoi ma sécurité vaudrait-elle plus que la vie d’un enfant souffrant?

Une fois de plus, je salue le courage des Haïtiennes et Haïtiens, un peuple des plus résilients que je connaisse. Je garde espoir de voir ce pays changer au cours des prochaines années. Le travail sera ardu mais chacun de nous peut contribuer en cessant d’endosser la corruption dans les pays comme Haïti. Je vous invite à partager ce témoignage afin que les gens prennent conscience de ce qui se passe à l’heure actuelle, puisque les médias n’osent pas même effleurer le sujet visiblement.

Andréanne Bégin

*Professionnelle de santé qui travaillait aux Cayes*

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