(Page retrouvée, 3 janvier 1991): Le Défi Haitien de la Compétitivité Economique //Prof Parnell Duverger

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Cet article, reproduit ici dans son intégralité a été publié dans le journal Haitien, Le Nouvelliste, no.  33.968, du Samedi 29 Décembre 1990 au Jeudi 3 Janvier 1991Nous reproduisons ici le texte original, dans le seul but de stimuler une réflextion sur des problèmes essentiellement inchangés depuis plus d’une trentaine d’années .  Aujourd’hui, il nous faut accepter qu’avoir passé dix ans dans une scandaleuse faillite, l’état Haitiens s’est complètement effondré.  Si la nation Haitienne existe toujours, la population est livrée à elle même, incapable de se nourrir et de se protéger contre les bandits, incluant ceux qui occuptent toutes les avenues du pouvoir politique.

Parnell Duveger

13 juin 2016 

 

Le Défi Haitien de la Compétitivité Economique

// Prof Parnell Duverger

Le Défi Haitien de la Compétitivité Economique

Parnell Duverger

Economiste

954-793-2960

parnellpduverger@aol.com

 

Un monde politique en mutation, au niveau international comme sur le plan domestique débouchera, dès la première moitié de la décade qui débute, sur un nouvel équilibre consacrant la force des économies de marchés décentralisées.  Seule une poursuite inlassable d’une compétitivité de plus en plus grande et efficace, permettra alors à notre pays de ne pas répéter sa piètre performance économique des années 1980s.                                   

Dans une économie mondiale de plus en plus libéralisée et favorisant la globalisation des affaires, la compétitivité  économique haitienne dépendra essentiellement de la libéralisation des marchés domestiques et du dynamisme des entrepreneurs nationaux.

 

Sur le plan international : la globalisation des affaires.

La consécration de la faillite du marxisme et le développement de nouvelles économies de marchés décentralisées en Europe de l’Est et en Union Soviétique, marquent aussi la consécration de trois grandes puissances économiques mondiales : les Etats-Unis, l’Europe, et le Japon.

Ces puissantes économies de marché sauront rediriger les ressources consacrées à leurs défenses pour s’enrichir davantage, en exploitant plus complètement leur avantage fondamental : la capacité de miser sur les talents individuels de leurs citoyens et sur leurs entreprises commerciales pour innover, investir et développer de nouveaux produits et marchés.

Fiche Statistique des Trois Grandes Puissances Economiques :

Etats-Unis, Europe, Japon

Année 1989

Variables        Etats-Unis           Europe            Japon
1.  Population             249              325               78
2.  PIB/trillions de $                 5               4.8                                  2.8
3.  Efficience               22                15               25
4.  Bal. Paiements           -106             + 12            + 57.2       
5.  Epargne              15                  8                                20
6.  Défense              27                10                       5

(a)  Sources:  CEE, FMI, OECD, World Factbook, 1989, U.S. Congressional Budget Office, 1989..

 

(b)  1.  Population (millions)

       2.  PIB (trillions de $)

       3.  Efficience (Per capita PIB: milliers de dollars U.S.)

       4.  Balance des Paiements: milliards de dollars U.S.)

       5.  Epargne: (% du PIB)

       6.  Défense: (% du budget du gouvernement)

 

Une plus grande régionalisation

L’ éffondrement de la menace soviétique qui servait de ciment entre les Etats-Unis, l’ Europe et le Japon, peut conduire, durant les années 90s, à l’éclatement de leur alliance maintenue pendant la guerre froide et à la formation de blocs économiques Européen, Nord-américain et Asiatique, attirant chacun dans sa sphère, les autres pays.

Aussi, ces trois grandes puissances Etats-Unis, Europe, Japon  seront amenées à focaliser leurs commerces et leurs investissements dans les pays de leurs sphères respectives, pour se livrer à une concurrence active dans les pays du Tiers-Monde, le Moyen Orient, l’Afrique et les anciens pays communistes.

 

La globalisation des affaires

Ce nouveau contexte économique international favorisera une intensification de la globalisation des affaires au niveau mondial, entamée depuis le début des années 60s. Pressées par le souci de l’efficacité et du développement de nouveaux marchés, les entreprises commerciales auront à reconsidérer les facteurs affectant leur localisation, pour se repositionner de manière à tirer avantage de l’intensification des échanges commerciaux à l’intérieur des nouveaux blocs économiques.

 

Planifier la prospérité

Les discussions en cours actuellement dans différents pays aboutiront à des décisions qui détermineront le cours des évènements économiques pour des décades à venir.  Ces discussions vont toutes dans le sens d’une plus grande intégration des économies régionales et mondiale, et d’une plus grande libéralisation des échanges internationaux:

  • Le Mexique et les Etats-Unis conduisent actuellement des négociations intenses pour la conclusion d’un traité libre-échange mexicano-américain.  Les quatres voyages cette année seulement, du président méxicain aux U.S.A., indiquent la célérité de ces efforts ;
  • Le 1 janvier 1990, un traité de libre-échange entre le Canada et les Etats-Unis est entré en vigueur, abolissant progressivement la plupart des droits, tarifs douaniers et autres obstacles aux échanges commerciaux entre les deux pays ;
  • Durant la dernière semaine de Juin, 5 présidents de pays de l’ Amérique Centrale ” Guatémala, Honduras, El Salvador, Nicaragua et Costa Rica “ on rencontré à Antigua le secrétaire d’Etat Américain James Baker, pour revitaliser leur marché commun, avec une aide massive des Etats-Unis.
  • Le 1er Juillet 1990, les monnaies et économies des deux Allemagnes ont été unifiées, consolidant ainsi le role de l’Allemagne Fédérale comme leader d’un bloc de pays Européens qui s’acheminent rapidement vers une plus grande intégration économique et l’union politique. ;
  • Le Brésil a annoncé (4 Juillet 1990) le démantèlement de ses tarifs douaniers, ouvrant l’économie du pays aux importations et à un commerce plus libre ;
  • Durant la semaine du 7 Juillet 1990, à Houston, Téxas, aux Etats-Unis, les leaders des sept plus grandes démocraties industrielles “ Etats-Unis, Japon, Allemagne, Italie, France, Grande Bretagne et Canada, se sont réunies pour faire le point sur les problèmes et opportunités d’un monde politico-économique en mutation.

 

Les grandes questions

Ces tendances créent de nouvelles opportunités mondiales et suscitent en même temps de grandes questions dont les réponses affecteront tous les pays, petits et grands, pauvres et riches.  Deux de ces questions sont particulièrement pertinentes pour notre pays:

  1. Comment stimuler une épargne suffisante pour satisfaire une explosion de la demande de capital à travers le monde, aux fins de développement économique ?
  2. Comment aider les pays pauvres du tiers-monde à transformer leurs économies pour profiter des opportunités et de la prospérité économique mondiales ?

Les pays pauvres du tiers-monde devront d’abord exercer eux-mêmes les grands choix visant à transformer leurs économies.  Cependant, ils devront noter qu’une plus grande libéralisation des économies nationales et des échanges internationaux, implique, pour tout pays producteur, le maintien d’une compétitivité robuste, axée sur l’efficience-cout des opérations de production et l’amélioration continuelle des rapports Prix/Qualité.

 

Sur le plan national : le défi de la compétitivité

En Haiti, la consolidation des acquis démocratiques, devra s’accompagner d’une plus grande libéralisation du marché économique, d’un dynamisme accru du monde des affaires, de la décentralisation des activités économiques, pour que le pays puisse profiter des opportunités mondiales durant la décade 1990.

Dynamiser l’entreprise privée Haitienne

Ensemble, ces facteurs se combineront alors à la conjoncture internationale pour relever considérablement le potentiel de l’économie de notre pays.  Mais quel que soit le potentiel de l’économie Haitienne, il ne pourra être mis en valeur sans l’intervention dynamique des entrepreneurs Haitiens.

Optimiser l’utilisation de nos ressources

Il est évident que nous sommes loin d’avoir pu retirer le maximum du potentiel économique de notre pays :

  • Nos ressources humaines demeurent largement inutilisées ou sous-utilisées ;
  • Nos ressources naturelles sont loin de générer tout l’impact économique qu’on devrait en attendre ;

Pour modifier cette tendance, il sera fondamentalement nécessaire de traduire dans la réalité économique Haitienne, ce postulat de base du développement économique : « l’impulsion première au progrès d’un territoire doit venir de l’intérieur ».

L’initiative privée Haitienne

Des performances remarquables des économies occidentales durant les années 1980s, aucune ne peut être attribuable principalement à des agents extérieurs.  Partout, l’impulsion de fond est venue des agents économiques nationaux, utilisant au maximum les ressources du territoire, et sachant pleinement exploiter les avantages d’une économie ouverte sur les marchés internationaux.[3][3]

Haiti ne saura en aucune façon échapper à cette règle fondamentale : la pleine utilisation de notre potentiel dans une économie de marché décentralisée passe avant tout par une responsabilité accrue de nos concitoyens, comme agents économiques comptant d’abord sr leur propre initiative.

Des entrepreneurs dynamiques

La dotation en richesses naturelles et la disponibilité des ressources financières apparaissent moins importantes pour assurer le développement économique dans l’avenir, que l’accumulation des connaissances et du savoir-faire, que le goût du risque et l’esprit d’initiative, que le génie inventif ou innovateur.[4][4]  Ceci implique le développement dans notre pays d’une classe d’entrepreneurs dynamiques, toujours prêts à faire face à toute concurrence loyale.

Mais, pour favoriser l’1émergence en Haiti d’une classe d’entrepreneurs capables et désireux de dynamiser l’économie Hatienne, les autorités gouvernementales du pays devront obligatoirement corriger les erreurs du passé, causes de la piètre performance économique Haitienne des années 80s.

La piètre performance des années 80s

Le panorama économique des années 1980s en Haiti est dominé par la hausse continuelle de la demande du gouvernement et la chute des investissements privés, qui provoquent une stagnation qu’est venue compliquer une situation politique volatile.

D’autre part, le rythme accéléré de l’expansion de la masse monétaire, qui accompagne l’accroissement du déficit du secteur public, alimente la demande pour les produits importés, aggravant le déficit de la balance commerciale du pays.  De plus, l’instabilité politique et l’insécurité en Haiti incitent de plus en plus les individus à s’aménager une réserve de liquidité en monnaie forte, accentuant les pressions sur une gourde Haitienne de plus en plus rongée par une inflation estimée aujourd’hui à environ 28 % l’an.

L’attentisme du moment

La situation économique en Haiti aujourd’hui reflète le niveau élevé d’incertitude qu’entretiennent les agents économiques.  Au niveau gouvernemental, Mme Trouillot et le Conseil d’Etat ne sont habilités qu’â  liquider les affaires courantes, et ne peuvent prendre aucune décision majeure destinée à changer le cours des affaires économiques.  Cette incertitude demeurera certainement jusqu’â  la publication d’un programme économique cohérent du gouvernement de Mr. Jean Bertrand Aristide, le Président élu.

Au niveau des entreprises privées, les décideurs économiques attendent un assainissement du climat politique avant de se lancer dans des investissements engageant leurs avoirs sur la longue période.  De plus, la chute continue de la gourde vis-à-vis du dollar américain rend plus difficile le climat des affaires dans le secteur privé, et plus compétitif le contexte économique domestique global.

L’impératif de la compétitivité

Depuis le début des années soixantes, l’économie mondiale a subi des modifications importantes : accroissement substantiel des revenus et de la consommation, libéralisation du commerce international, apparition de nouveaux pays producteurs, modification des facteurs de localisation, etc.  Cette tendance qui doit se poursuivre, crée un contexte où les occasions d’affaires et les possibillités de production sont plus grandes, mais où la concurrence devient aussi plus vive.

 

Tableau Comparatif de Coûts de l’Assemblage Textile

Pour un Groupe de Pays

In U.S dollars/Douzaine

                 Pays             Année 1984             Année 1989
Taiwan

Haiti

Costa Rica

Mexique

République Dominicaine

Jamaique

Barbade                                   

51.43   (1)

51.76   (2)

54.25   (3)

54.90   (4)

55.90   (5)

56.92   (6)

60.20   (7)

            Non-disponible

51.76      (4)

56.42      (6)

49.41      (2)

34.97      (1)

51.22      (3)

55.33   (5)

 

Source : Lafontant, Raymond.  Réflexions sur l’Industrialisation d’Haiti (1990), p. 11,12.

 

Notre succès dépendra donc largement de la capacité des entreprises Haitiennes à percevoir les nouveaux besoins, et à adapter l’appareil productif et les réseaux de distribution, afin de satisfaire qualitativement ces nouveaux besoins, aux  moindres coûts possibles.  Il nous faut donc assurer la compétitivité de l’entreprise et de l’économie Haitiennes, puisqu’il nous faut vendre.

Indicateurs de Compétitivité

Industrie du Vêtement

Groupe de Quatre Pays Voisins

Année 1989

Variables         Haiti     Rép. Dom     Guatémala      Honduras
Salaire horaire ajusté d’opérateur de machine

(en $ U.S.)

 

Bénéfices marginaux

(% salaire)

 

Productivité main d’œuvre

(% de U.S.A.)

 

Alphabétisation

 

 

 

 

         0.58

 

 

 

        35 %

 

 

 

        80 %

      

        37 %

 

 

 

 

         0.67

 

 

 

       45 %

 

 

 

       85 %

      

       85%

 

 

 

 

         0.45

 

 

 

       45 %

 

 

 

       80 %

   

       40 %

 

 

 

 

        0.48

 

 

 

       44 %

 

 

 

        80 %

 

        65 %

Source:  Sourcing : ” The Caribbean Option.”  Bobbin Blenhein Media Corp., 1989

 

Créer des emplois et la richesse

Cet impératif de compétitivité vaut à la fois sur les marchés extérieurs afin d’accroître nos exportations, et sur nos marchés domestiques, afin de concurrencer les importations.  Il exige, de plus, une concertation des agents économiques pour la mise en oeuvre, par toute administration gouvernementale élue, d’une politique économique, financière et industrielle responsable, qui mobilise notre épargne nationale, améliore notre fiscalité, et développe la capacité de nos industries à créer des emplois et à produire cette richesses qui demeure à notre portée.

Un gouvernement responsable

Nous croyons qu’une politique économique, fiscale et monétaire responsable implique, pour le gouvernement Haitien, la mise en oeuvre de mesures sérieuses visant à réduire son déficit de manière significative, contrôler sur une base continuelle le rythme de croissance de la masse monétaire, promouvoir nos exportations, assurer la stabilité et la convertibilité de la gourde, éliminer or réduire considérablement les irritants fiscaux au développement des entreprises, et aplanir les obstacles au fonctionnement efficace du marché économique.

Dialogue et concertation

En promouvant le fonctionnement efficace des marchés économiques, les autorités gouvernementales parviendront sans doute à créer ce climat de confiance et d’espoir exigé par l’entrepreneur.  Un climat de confiance entretenu par un dialogue continu, honnête, utile, dans le respect mutuel, entre syndicats, patronat, administration gouvernementale, groupes de défense des intérêts du consommateur, ¦etc.  Dans son rôle d’arbitre, le gouvernement élu saura donc se montrer toujours soucieux des ses responsabilités, mais surtout toujours conscient des limites du pouvoir de l’Etat et des résultats pervers de ses interventions mêmes les mieux intentionnées.

La chance à prendre ?

Il n’y en a pas, s’il s’agit de redresser l’économie de ce pays et de satisfaire les besoins essentiels du peuple d’Haiti, dans le respect des libertés individuelles.  Ce qu’il y a surtout, c’est la nécessité pour nous d’exercer les choix rationnels permettant à l’économie de notre pays de profiter du nouveau contexte économique mondial, plutôt que de le subir.  Il nous faudra donc quitter le monde merveilleux du romantisme politique, pour nous atteler à cette tâche ardue, qui est celle d’apporter à un peuple libre et fier, le merveilleux du bien-être économique.

Si, dans cette perspective, il nous faut développer la capacité de notre économie nationale à produire et à vendre aux meilleurs prix possibles, tant au niveau international que sur nos marchés domestiques, peut-on nous proposer autre chose qu’une compétitivité économique robuste ?

 Cet article, reproduit ici dans son intégralité et sans modification, a été publié dans le journal Haitien, Le Nouvelliste, no.  33.968, du Samedi 29 Décembre 1990 au Jeudi 3 Janvier 1991, quelques 15 jours après l’élection  du président Jean Bertrand Aristide, le 16 Décembre 1990, et environ 5 semaines avant l’inauguration du gouvernement qu’allait diriger Mr. René Préval, comme Premier Ministre de la République d’Haiti, à partir de février 1991.

 Parnell Duverger est aujourd’hui professeur  de science économique à Broward Community College, Fort Lauderdale, Floride, où il a été élu professeur de l’année (2003 – 2004) au Willis Holcombe Campus de BCC.

Gouvernement du Québec.  Aménagement du Territoire, 1987, p. 95

 Ibid

 « La chance à prendre, la chance qui passe » était le titre du programme d’action gouvernementale proposée par ce qui allait devenir Lavalas, durant la campagne électorale de 1990.

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Economist and Professor Parnell Duverger is the Chairman of www.omegaworldnews.com.  He retired as an Adjunct Professor of economics at Broward College where he taught introductory economics courses to undergraduate students from 2001 to 2012, and received the 2004 Adjunct Professor of the Year Award for Excellence in Teaching.  Concurrently, Professor Duverger was Chief Economist at Market Power LLC in Fort Lauderdale, Florida.  During that time, his insights on the death tax were published by the U.S. Treasury Department.  Professor Duverger is well known in the Haitian Fora on the internet where he introduced and defended the necessity of developing a new culture of freedom and performing  an extreme make-over of the failed state of Haiti, his native country, to empower individuals toward building a free and prosperous society anchored on the rule law, a competitive market economy, widely respected institutions of liberty, as well as secured property rights and human rights.  Professor Duverger’s vision and action plan for conquering the challenges of human development and economic development in Haiti, include a reliance on the proven resources management mechanisms of the free market economy and a strict respect for secured property rights and individual freedoms.   Professor Duverger’s ariticles have been published by “Accuracy in Media”, among others, and his views have been recognized in Congressman Gilman’s Remarks at “Haiti Conference Today” at the Washington Convention Center, aboutr by ” Finding the Path to Redevelopment of Haiti,” before the 40th Annual Congressional Black Caucus Legislative Committee.
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