#HAITI: A qui profite le crime?

 

 

 

A qui profite le crime?

A qui profite le crime ? est une question qui revient à chaque fois qu’un forfait est commis, mais en ce qui a trait à la mère patrie, cette question est posée dans une double optique. Non seulement, on veut vraiment faire le point sur le crime, mais on veut savoir qui en bénéficie et qui sont les potentiels victimes. En Haïti, pays de l’enquête se poursuit, on n’arrête jamais les vrais criminels. On trouve toujours un subterfuge pour bloquer les enquêtes. N’est-ce pas la Bible qui a dit que la justice élève une nation, alors on comprend bien pourquoi la nation haïtienne est si rabaissée parce que nous donnons la primauté à l’impunité. L’heure est toujours grave en Haïti parce qu’on vit de crime en crime. Mais, aujourd’hui, nous arrivons à un carrefour où le citoyen lambda est interpellé malgré sa faiblesse et son impuissance. Nous savons que le changement vient à partir d’un constat d’échec où des bien-pensants décident de s’asseoir et de tacler les problèmes. On concerte, on se rassemble, on discute, on essaie de faire l’unité dans la diversité, on propose et on arrive à un consensus. Dans le cas d’Haïti, il me semble que personne ne veut faire le sacrifice ultime. Si la jeunesse n’est pas assez équipée pour provoquer le changement, les acteurs du troisième âge qui ont tout vécu, qui ont amassé assez d’expériences et qui s’en vont, qui n’ont aucune velléité de s’enrichir au détriment des autres peuvent donner le ton. Nous nous en remettons aux retraités, à ces professionnels de haut calibre qui ont brillé à l’étranger.

 

Les évènements du 6,7 et 8 Juillet ont fait couler beaucoup d’encre. Certains pensent que c’est une guerre inter-bourgeois qui est lancée et qui fait son petit bonhomme de chemin ; d’autres pensent que c’est le peuple qui exprime son ras-le-bol, mais en dehors de tout cela, nous nous posons la question fondamentale : A qui profite le crime ? On aurait pu remonter au 7 Février 1986, au 30 Septembre 1991, au 29 Février 2004, mais nous essaierons d’effleurer toutes ces dates dans notre réponse. De quel crime parlons-nous ? Depuis le 17 Octobre 1806, date du parricide du fondateur de la nation haïtienne Jean Jacques Dessalines, le peuple haïtien est terrassé par une série de malheurs provoqués par la main des hommes. Le crime consiste en refusant à ce peuple de vivre libre et de vivre comme des « moun » à part entière. Nous nous rappelons bien de la constitution de 1806 où Dessalines tenait à traiter tous les Haïtiens sans exception aucune sur le même pied d’égalité. Dessalines voulait donner la terre aux anciens esclaves et leur permettre de vivre bien de leur travail. Malheureusement, les anciens libres, les affranchis, les mulâtres, les grands chefs militaires noirs et mulâtres confondus n’ont pas voulu que ce rêve devienne réalité. Nous savons les noms de tous ceux qui ont bénéficié du parricide de Dessalines. Aujourd’hui, encore, nous n’avons qu’à fouiller dans les archives pour voir qui continuent à bénéficier des mesures prises par Alexandre Pétion et Jean-Pierre Boyer pour écarter la masse des nouveaux libres de la sphère publique et de discriminer contre eux.

 

En 2018, la société haïtienne n’est pas différente de la société coloniale d’avant 1804. Nous retrouvons les blancs de la communauté internationale, les arabes et les mulâtres qui s’érigent en colons. Nous retrouvons les éléments de la classe moyenne et les noirs qui ont fait fortune dans la corruption et dans le trafic de la drogue comme affranchis, et en dernier lieu, nous avons la grande masse des Haïtiens qui constituent la classe des esclaves. Le motto « Tout par et pour la métropole » peut être remplacé par « Tout par et pour les étrangers ». Nous avons une formule qui est simple où nous ne discriminons contre personne. Etre Haïtien c’est vivre et travailler pour le bien d’Haïti. Si quelqu’un peut prouver de par ses actions qu’il travaille dans l’intérêt suprême de la nation haïtienne, on ne peut lui refuser la nationalité haïtienne. Le crime qui a été perpétré contre le peuple haïtien avec l’assassinat de l’empereur Jean Jacques Dessalines est toujours présent aujourd’hui. Est-ce possible que plus de la moitié des Haïtiens vit avec un dollar par jour ? Est-ce possible que nous n’avons que douze entités au sein de l’Université d’Etat d’Haïti pour plus de cent mille jeunes qui obtiennent leur Bac chaque année ? Est-ce possible que nous n’avons pas un hôpital d’Etat de référence dans le pays qui peut desservir tous les Haïtiens ? Est-ce possible que les jeunes sont obligés de partir parce que le pays ne leur offre rien ? Est-ce possible que le budget de l’UEH est à un milliard de gourdes alors que celui du parlement est à sept milliards de gourdes ? Est-ce possible que des nantis ont des franchises douanières et des exemptions de taxes et d’impôts allant de 5 ans à 15 ans ? Nous aurons pu poser un tas de questions pour illustrer que le crime profite aux nantis qui ont établi ce système « peze souse », aux politiciens qui jouent le théâtre quotidien et qui font semblant que la politicaillerie est indispensable dans ce pays.

 

Les élites économiques, politiques et intellectuelles ont toujours raison et le peuple a toujours tort. Le point qu’on veut faire dans cet éditorial est jusqu’à quand allons-nous continuer à vilipender les Haïtiens de la masse sur qui repose la richesse des grands ou des nantis. Le peuple arrive à identifier ses ennemis. Le pouvoir exécutif ne travaille que pour les intérêts des nantis et des gens à souliers de ce pays. Le pouvoir législatif ne travaille que pour son propre compte. Les parlementaires s’enrichissent au détriment du peuple sans gêne et sans remords. Le pouvoir judiciaire qui est traité en parent pauvre vend la justice aux plus offrants. La presse qui constitue le quatrième pouvoir est prise en otage par un petit groupe de patrons de médias qui donnent la voix au chapitre à un groupe de journaleux appelés « machann mikwo ». Sur qui ce peuple peut-il compter pour stopper ce crime qui perpétue et fait payer les coupables ? Chaque Haïtien a sa compréhension de la situation qui prévaut dans le pays. Mais, rares sont ceux qui comprennent ceux qui doivent être faits pour que le peuple soit réellement au pouvoir et soit en mesure de bénéficier de l’appareil politique et d’être en mesure de créer des richesses et de jouir équitablement des opportunités existantes. Sans langue de bois, nous résumons pour dire que le crime profite aux nantis, aux ténors de la classe politique et à tous ces intellectuels qui offrent leurs services aux meneurs de jeu au détriment du peuple haïtien. Tout ce dont nous avons besoin pour combattre le crime, la corruption, la misère imposée et la paupérisation c’est la conscience collective.

 

Quand on comprendra que le pays nous appartient, nous cesserons de nous comporter comme des passagers en transit. Quand nous comprendrons que Jean Jacques Dessalines a réellement donné sa vie pour faire de nous des hommes libres, nous, de la diaspora, prendrons notre engagement pour agir sur le terrain, prendre contrôle de l’appareil étatique et investir dans l’économie nationale pour créer des richesses. Nous n’avons pas besoin d’attendre des experts étrangers pour nous dicter la voie à prendre pour arriver au changement et au développement endogène durable. Nous sommes assez formés et assez responsables pour prendre notre destin en mains. Ce n’est qu’une question de volonté et de détermination. Mettons-nous au pas, car nous devons construire l’avenir afin que tout un chacun puisse s’y retrouver et vivre le bonheur. Tout est possible à celui qui croit. Vive une Ayiti prospère, libre et souveraine !

 

Kerlens Tilus        08/04/2018

Futurologue/ Templier de Dieu/ Ecrivain

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