LETTRE OUVERTE AU Dr REGINALD BOULOS

 

 

Port-Au-Prince le 15 Juillet, 2018

 

Dr Réginald Boulos

En ses bureaux

Objet : Conseils

 

Depuis bien des lustres, votre nom fait l’objet d’un étrange écho dans le pays. On le croise dans le scandale des médicaments contaminés (Valodon & Afébril), dans des élections commandées, dans des prêts tricheurs à l’ONA, voire dans des gouvernements de néo-doublure. Et pour cause, vous êtes celui qui génère de sanglots chez plus de 300 pauvres mamans; conçoit de crispations aux visages de 10 millions d’âmes; engendre de rages dans le cœur de bien des politiques haïtiens.

 

Les 6 & 7 juillet derniers, vous avez été la cible d’un légendaire courroux populaire. Dans moins de 48 heures, votre empire commercial était à genoux et dépourvu d’étendard. Dans l’intervalle, vous vous interrogez sans doute : pourquoi moi ?

 

Je pense que la réponse est trouvable dans votre entêtement, votre cupidité, votre utopie et votre arrogance. Cet incident doit, d’abord, vous motiver à scruter les pages d’histoire d’Haïti et à méditer sur la déchéance de nombreux arrogants d’antan. Par exemple, Rochambeau a dû, au cours de sa fuite, noyer ses chiens-soldats dans le Canal-du-Vent qu’il emmenait pour dévorer les nègres révoltés; la plupart des empereurs des denrées haïtiennes Jérôme-Maximillien Borgella, Jean-Pierre Boyer, Étienne Gérin ont tous connu l’indigence avant leur trépas. Autrement dit, pas d’infaillibilité dans les affaires.

 

Vous vous faites, peut-être, entourer de flatteurs qui vous disent « en avant ! » dans cette aventure dangereuse. Mais, songez à leur silence, les 6 et 7 juillet 2018.

 

La plupart ont disparu en ces 48 heures de déboires, n’est-ce-pas ? cela a été toujours la triste réalité de tout homme encensé pour ses richesses.

 

Dans ce pays d’écarts sociaux scandaleux, aucun riche n’est protégé. Nul n’est fort avec des amis de circonstances. Sachez bien, cher Boulos, tant que vous demeurez l’un des richissimes d’économie-de-comptoirs, votre paix sera toujours fragile. Cette habitude commerciale qui torture les masses, spécialiste en l’effondrement de production nationale est un facteur de casses.

 

Monsieur Boulos votre génie d’affaire n’a qu’une décennie à briller. Les réseaux sociaux vous mettent à nu. Changez de méthode !  Vous vous faites haïr. Aujourd’hui, qui dans le pays ne voit pas en vous un néo-colon ? même vos amis occasionnels ont peur de s’associer à votre nom. Car, pour plus d’un, le nom Boulos est synonyme de l’arbitraire, de malveillance et de duperie.

 

Votre argent ne sert à rien si vous n’êtes pas libre dans la société. Refaites votre image et investissez dans la production nationale. Cette doublure de Jovenel Moïse est déchue depuis les 6 et 7 juillet ; votre force politique est en chute libre. Les parlementaires vous ont déjà renié.  Car, votre nom leur est déjà un déficit électoral.

Il est souvent tôt pour bien agir. Dr Boulos, l’ère des empires commerciaux sans partage est révolue. Cette pratique de monopoliser sans ouverture est rétrograde. Comment vivrez-vous avec autant d’ennemis ? ils sont des bourgeois traditionnels, des intellectuels, des mamans, des pères, des étudiants, des candidats, des artisans, des maitres, des professeurs et des journaliers.

 

Repensez votre avenir ! Pour chaque ennemi puissant, il vous faut dix amis forts. Je ne crois pas que vous aurez assez d’amis pour éviter le coup de fouet de l’histoire.

 

Prière d’accepter, Monsieur Boulos, l’esprit de mes conseils salutaires !

 

Clautilde Vaval, claudeva@yahoo.fr

Société des Autochtones d’Haïti

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