Un cimetière au Champs-de-Mars pour enterrer les dirigeants haïtiens

 

Un cimetière au Champs-de-Mars pour enterrer les dirigeants haïtiens

Le cimetière du Champs-de-Mars / Photos et vidéos: Raoul Junior Lorfils - Loop HaitiLe cimetière du Champs-de-Mars / Photos et vidéos: Raoul Junior Lorfils – Loop Haiti

Depuis cinq semaines, des étudiants – pour plupart diplômés – de l’Université d’Etat d’Haiti (UEH) plantent leur drapeau sur Champs-de-Mars, dans les parages du Palais présidentiel. Ils protestent contre les méthodes de recrutement au sein de l’Administration publique haitienne et l’absence d’efforts de l’Etat en vue de l’insertion des jeunes professionnels du pays.

Pour mieux mener leur combat et faire entendre leurs voix, les étudiants protestataires se regroupent au sein d’une structure dénommée UEH qui cette fois-ci, loin de signifier comme on le sait “Université d’Etat d’Haiti”, est le sigle parfait pour « Universitaires sans Emploi d’Haiti ».

« Notre revendication : notre insertion professionnelle », martèle tout de go le secrétaire générale de l’UEH, Vilceron Forry, répondant aux questions de Loop Haiti. Il est inacceptable qu’ « un jeune, avec son diplôme en mains, n’ait nulle part où mettre en pratique ses compétences acquises au cours de ces années d’études », dit-il ajoutant qu’en tant que « jeunes cadres, nous avons notre place dans la société ».

 

Des causes de la révolte 

A côté de leur situation de chômage et l’absence d’une politique pour leur intégration, ces étudiants s’attaquent contre la pratique qui veut que, pour avoir un job au sein de l’Administration publique en Haiti, l’une des premières compétences est d’avoir dans son répertoire – comme ami ou comme amant -, un députe ou un sénateur. Révoltant. Un « affront contre ceux qui vont à l’école et pour les parents » qui se sacrifient tous les jours, avancent-ils.

Deuxième cas de figure, les bureaux de l’Etat sont depuis longtemps le repère de vielles branches, de vieillards n’étant plus capables de servir la population comme il faut. « Du clientélisme pure ». « Du népotisme, que nous dénonçons de toutes nos forces », tranche Forry.

Cela explique peut-être le fait que, selon le Docteur Samuel Pierre, professeur à Montréal et fondateur de l’Institut des sciences, des technologies et des études avancées d’Haïti (ISTEAH), « sur 100 Haïtiens qui ont fait des études supérieures, 83 vivent à l’étranger ».

 

Mais pourquoi devant le Palais national comme lieu de protestation ?

Tout simplement parce que c’est le chemin que doit prendre le Président Jovenel Moise pour se rendre à ce qui reste comme Palais. Mais depuis ces cinq dernières semaines, pour éviter tout affrontement, le Chef de l’Etat a dû emprunter d’autres voies pour y aller. Pas une autorité n’a approché les jeunes protestataires pour leur demander ce qu’il vend sur Champs de mars, la plus grande place publique de la République. Pour ces jeunes, ce silence de leur part est l’ultime preuve que toutes les autorités du pays sont mortes. Alors autant chanter leurs funérailles.

Le cimetière du Champs-de-Mars

On se croirait dans un vrai petit cimetière. Par terre, entre la place et la chaussée, s’installe un vèvè maladroitement tracé. « Ne mettez pas vos pieds dessus, Monsieur », claironne une dame. Tout autour, s’alignent des dessins de tombes sur lesquels on lit clairement « Présidence, Primature, Justice, Parlement ». Au bout du schéma, un mini cercueil est recouvert d’un drapeau rose et blanc, les couleurs du Parti Haïtien Tèt Kale (PHTK) – jusqu’ici le parti du Président Moise.

Comme le veut la tradition en Haiti, partout où il y a un cimetière, il faut immanquablement un « baron ». Au sein de celui du Champs-de-Mars construit par les membres de l’UEH, c’est la « bourgeoisie haitienne » qui joue ce rôle (celui de baron), puisque cette dernière « ne joue pas rôle dans le pays ».

Autant chanter leurs funérailles

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Jusqu’au bout, pour la réforme…

Il faut une réforme au sein de l’Etat et dans le pays. Les sociologues doivent pouvoir exercer dans leur domaine. Il en va de même pour les historiens ou les autres professionnels. C’est la voie à prendre pour l’émergence d’une nouvelle classe économique en Haiti. Et le combat demeurera à quel que soit le prix, y compris « un bain de sang », assurent les militants. Un bain de sang ? « Oui, puisque la lutte va évoluer : nous allons bloquer d’autres rues. Et quand le Président ne trouvera de chemin, à ce moment, les policiers et leurs armes, entreront en jeu contre nous et nos diplômes ».

http://www.loophaiti.com/content/lenterrement-du-systeme-ultime-geste-des-etudiants-sans-emploi-dhai 

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