Ti Mari pap monte, Ti Mari pap desann! / Kerlens Tilus

 

 

Ti Mari pap monte, Ti Mari pap desann!

                  Billet au Secrétariat Technique sur les Etats Généraux

 

« Haïti a grand besoin de la dictature des lois pour mettre fin au gangstérisme d’Etat qui détruit des milliers de jeunes, de vieux et même des enfants. Les gangs sont subventionnés par les soi-disant officiels utilisant les taxes des contribuables pour nuire à la paix des rues et la tranquillité des familles. Les gangs qui tiennent Grand-Ravine en otage reçoivent régulièrement la visite des parlementaires et des hommes des ministères. Voilà pourquoi ils n’ont pas peur de commettre des crimes crapuleux et opèrent en toute impunité parce qu’ils savent qu’ils sont à la solde des soi-disant hommes d’Etat qui les utilisent dans l’exécution de leurs sales besognes. Le vaurien qui a donné naissance à ces bandits en leur distribuant des armes afin de se garantir d’une certaine stabilité politique a créé cette instabilité qui ne peut être finie que par l’élimination physique des bandits. Etant des drogués qui ne peuvent être réintégrés dans aucun circuit social car il n’y a pas de centre de désintoxication dans le pays pouvant enlever la drogue de leur sang, il faut à tout prix que le pays retrouve son calme, sa fierté d’antan. Le pays a besoin d’un Chef d’Etat et non d’un président quelconque qui ne sait pas comment s’y prendre pour le placer sur la piste de développement durable et offrir un minimum de bien-être et de confort à la population. »

 

Je viens de lire une note sur Facebook faisant état de la constitution d’un Secrétariat Technique des Etats-Généraux avec les noms de paisibles citoyens très connus de la société haïtienne. La note ne fait que citer les noms des personnes qui constituent le secrétariat technique, mais rien n’est dit sur leur mission. Je ne vais pas passer par quatre chemins, je vais directement. Cette histoire d’Etats Généraux est un leurre comme l’a été les négociations d’El Rancho sur l’administration de Michel Joseph Martelly. Je suis intéressé à donner mon opinion pour deux raisons majeures : 1-Nous avons annoncé en Octobre dernier lors du leve kanpe de certains secteurs sur le budget chanpwèl national que le peuple commencerait à sentir la pression du budget à partir de Mars 2018, hé bien nous sommes aujourd’hui dans de beaux draps. Pas même six mois après la mise en application de ce budget, nous sommes déjà à un déficit de quinze milliards de gourdes. Le pays va connaitre des jours sombres d’ici quelques semaines, surtout que les derniers rapports des organisations internationales laissent augurer une faim et une sécheresse qui sont en train de ravager la population rurale. 2- Le Secrétariat Technique est compose d’intellectuels noirs de la classe moyenne qui sont connus comme des éléments plus ou moins immaculés. Certains sont des connaissances et je peux dire que Pradel Henriquez est un ami. J’aimerais rappeler à ces messieurs l’expérience d’El Rancho et les inviter à la réflexion. Les « mèt peyi » ne sont jamais inquiétés parce qu’ils savent qu’il y a assez de gardes fous et que leur pouvoir réel ne sera jamais menacé. A la guerre comme à la guerre, il y a aura toujours des éléments de classe moyenne pour venir à la rescousse. Les « bandits légaux mèt peyi » sont en train de sacrifier quelques citoyens pour pérenniser le statu quo. Je vois mal qu’un élément progressiste comme Pradel Henriquez puisse être un cobaye.

 

Tout citoyen peut choisir de servir son pays à n’importe quel moment. Mais collaborer avec un président inculpé est un grand risque. Tout individu qui est doué de raison et qui vit en Haïti sait comment Jovenel Moise est arrivé au pouvoir. Un expert en marketing politique a monté un plan sur trois pour vendre la marchandise Jovenel Moise. On a investi plus de six millions de dollars dans un projet bidon : « Agritrans », et tout le monde a gobé le bluff. Avant même que l’inculpé Jovenel Moise soit candidat, La Banque Nationale de Crédit avait alerté l’UCREF au sujet de transactions douteuses sur le compte bancaire du citoyen Jovenel Moise. Jusqu’à présent le dossier est pendant devant la justice, mais le juge reconnait le statut d’inculpé de Jovenel Moise. Le president inculpe Jovenel Moise avait dit quelques semaines après son investiture que le pays avait cinq problèmes majeurs qui retarde son développement : 1- Corruption 2- Corruption 3- Corruption 4- Corruption 5- Corruption. Nous savons tous que le parlement est le bras de législatif de la pègre haïtienne. Malgré tout, deux commissions sénatoriales ont produit deux rapports sur la vaste dilapidation des fonds Petrocaribe. Les rapports ne sont pas parfaits, certes, mais l’essentiel est démontré : 3.8 milliards de dollars ont été dilapidés. Voici que le même président qui parle de lutte contre la corruption empêché à la justice de faire la lumière sur la dilapidation des fonds du Petrocaribe et de juger les accusés qui sont dénoncés dans les deux rapports. La clameur publique est mise en branle ; la nation demande un procès de consolidation.

 

Apres avoir monté de toute pièce un budget pour les nantis qui ne paient pas de taxes et d’impôts dans le pays puisqu’ils bénéficient d’exemptions et de franchises douaniers, l’inculpé Jovenel Moise a mis en place une affaire de caravane, un leurre pour tromper les gens. La caravane est un projet monté de toute pièce pour permettre à ceux qui ont investi gros dans la campagne de l’arnaqueur professionnel Jovenel Moise de tirer leur argent. A Bocozelle, 5ème section de Saint Marc, la sécheresse empêche aux paysans de faire une bonne récolte de riz. C’est à Bocozelle que la caravane a établi le gros de ces actions. Le peuple meurt de faim à Bocozelle ; la caravane n’a aucune retombée positive. Non seulement la caravane bénéficie aux nantis, mais aussi à Youri Latortue et le parti politique Ayiti An Aksyon (AAA), allié du pouvoir en place.

 

L’inculpe Jovenel Moise marque des points. Nous savons qu’en Haïti les politiciens sont finances par la classe d’affaires composée de contrebandiers, de trafiquants d’armes, trafiquants de cocaïne, blanchisseurs d’argent et évadés fiscaux. Cette classe d’affaires a fait de son mieux pour calmer tout mouvement de résistance. L’opposition n’est plus. La majorité des politiciens et des militants qui devraient constituer l’opposition au pouvoir de Jovenel Moise sont casés. Mori yo sou dife. Avec cet atout, l’inculpé Jovenel Moise a le terrain vide pour faire des avancées. Il veut mettre en place le conseil électoral permanent avec l’appui des deux autres pouvoirs moribonds. C’est dans ce contexte de grand questionnement que le laboratoire de corrompus et de corrupteurs du Palais National a décidé de jouer la carte des Etats-Généraux. C’est en connaissance de cause que les bandits légaux évitent de parler de Dialogue National, mais plutôt d’Etats-Généraux de la nation haïtienne. Un dialogue national est un projet inclusif qui demande la sincérité des acteurs et qui nécessite que les acteurs en présence puissent avoir la bonne volonté pour négocier. Qui vont dialoguer et pourquoi ? C’est là le nœud gordien de la question. Pour réaliser un dialogue national, il faut toute une mise en place. Il faut faire appel non seulement à des experts en théorie de conflits ; il faut faire en sorte que le peuple puisse avoir confiance dans le processus. Comment le peuple va avoir confiance dans un processus de dialogue quand le président lui-même est un inculpé qui fait obstacle à la justice pour faire la lumière sur la dilapidation des fonds du Petrocaribe.

 

Dialogue national veut dire que des acteurs multiples d’une société se réunit pour non seulement énumérer des conflits existant, mais s’arranger pour trouver des solutions à ces conflits. L’idée du dialogue national suppose que l’on reconnait que les choses vont mal et qu’il y a nécessité de porter des corrections. Nous comprenons que l’inculpé Jovenel Moise a une faiblesse intellectuelle pour ne pas dire académique et que le type ne comprend pas ce que cela veut dire être Chef d’Etat, diriger un pays. Mais, il a des conseillers assez qualifiés pour l’empêcher de faire certaines erreurs. Jovenel Moise feint d’ignorer les inégalités sociales et l’injustice qui règnent dans le pays. Jovenel Moise montre clairement dans ces prises de position publique qu’il représente un secteur bien déterminé : la classe des nantis. Organiser un dialogue national veut dire qu’à la fin de ce dialogue, on serait en mesure de construire un égrégore, une communauté d’intérêts, une vision commune. Quand les bandits légaux parlent d’Etats Généraux, ils veulent tout simplement dire négociations entre les coquins pour le partage du gâteau, du pouvoir et des ressources sans se soucier du système « peze souse » qui fait des malheureux. Nous nous souvenons bien des négociations d’El Rancho. Aujourd’hui, nous voyons tous ceux qui ont été bénéficiaires d’El Rancho. Ils sont tous casés.

 

L’idée de dialogue national n’est pas nouvelle en Haïti. Le promoteur de ce dialogue, le docteur Turneb Delpé n’est plus de ce monde, mais il a eu la chance de participer à des réflexions sur le comment et le pourquoi de ce dialogue. Rien qu’en Aout 2012, l’IHDOSOC (Institut Haïtien de Doctrine Sociale), bras intellectuel de l’Eglise Catholique avait organisé une grande conférence sur le dialogue national. Des experts venant de plusieurs pays ou des conflits ont existé et qui ont expérimenté le processus du dialogue national ont partagé leurs expériences avec les Haïtiens. L’Eglise Catholique a déjà réalisé une étude exhaustive sur le comment et le pourquoi du dialogue national. Si les bandits légaux étaient de bonne foi, ils auraient bien invité ceux qui ont participé pendant deux années (2011 à 2013) à l’élaboration d’un document majeur qui a fait l’unanimité dans tous les secteurs de la vie nationale. Malheureusement, cette même Eglise Catholique qui avait commandité l’étude exhaustive sur le dialogue national a trouvé bon de « kase fèy kouvri sa ». Je connais bien les citoyens qui font partie du Secrétariat Technique, aucun d’entre eux n’est expert en théorie des conflits, aucun d’entre eux n’a une expérience préalable dans la résolution des conflits. Comment vont-ils s’y prendre pour organiser un dialogue national réel ? Quel est la durée de leur mandat ? Qui va discuter avec qui ? Qui sont réellement les représentants du peuple haïtien ? Nous savons comment en 2013-2014, les bandits légaux ont monté de toute pièce des partis politiques d’où la prolifération des partis politiques afin de casser la mobilisation populaire contre Michel Joseph Martelly. Je trouve mal que des hommes comme Jean Marie Théodat et Pradel Henriquez qui sont réputés être des gens honnêtes et sérieux puissent prêter leur flanc à une telle ânerie. J’espère bien que je puisse me tromper de bonne foi.

 

Ti Mari pap monte, Ti Mari pap desann. A l’heure actuelle, Haïti a besoin d’une réforme fiscale en profondeur pour porter les nantis et les gens du secteur informel à payer des taxes. Haïti a besoin d’une réforme en profondeur du cadastre. L’Etat haïtien doit cesser avec cette pratique d’exonération et de franchises douanières pour les nantis et les ONGs qui travaillent au détriment de la majorité nationale. Nous ne sommes pas dupes. Il faut que l’inculpé Jovenel Moise puisse accepter de mettre des moyens à la disposition des juges qui sont saisis du dossier de Petrocaribe afin qu’ils puissent réaliser le procès de consolidation contre tous les voleurs qui ont comploté pour aider la classe des nantis, les hommes d’affaires dominicains à piller les 3.8 milliards de dollars. Ce texte sert de rappel au Secrétariat Technique et aux quelques éléments qui le constituent qui sont plus au moins immaculés. Nous donnons le bénéfice du doute à tout citoyen de bonne foi qui veut travailler pour leur pays. J’aimerais bien entendre les principaux secrétaires et le bien-fondé de leur décision de participer à la mascarade annoncée d’Etats Généraux. Nous observons et nous souhaitons que nous ayons à écrire un jour pour dire que ces paisibles citoyens avaient peut-être raison. Ti Mari pap monte, Ti Mari pap desann. Se ak blofè nou annafè. Yo pap fè anyen serye pou peyi Dayiti. Ils font le tout pour le tout pour calmer le jeu. Mais bien compté, mal calculé, la mobilisation citoyenne qui n’a rien à voir avec des partis politiques, des politiciens et des militants va avoir lieu et les thuriféraires finiront par avoir peur.

 

C’est malheureux qu’à chaque fois le peuple décide de faire un leve kanpe qu’il y ait des éléments de la classe moyenne et de la classe intellectuelle pour courcircuiter ce mouvement. Cette fois-ci « kafe yo ap koule ak ma ». Lagè avèti pa touye kokobe. Je ne pouvais gober cette nouvelle cet après-midi sans opiner. J’invite les jeunes à être veillatifs,  car la patrie est en danger avec les bandits légaux qui font mains basses sur le pays. Que Dieu ait pitié d’Haïti !

 

Kerlens Tilus    03/28/2018

Futurologue/ Templier de Dieu

Snel76_2000@yahoo.com

Print Friendly, PDF & Email