Vladjimir Legagneur: une victime de l’insécurité très bien organisée /Kerlens Tilus

 

Vladjimir Legagneur: une victime de l’insécurité très bien organisée

 

Depuis le 18 Mars, un ami de la presse écrite en Haïti m’a fait part de la disparition de ce photo journaliste qui n’a pas sa langue dans sa poche. J’avais dit à mon ami que je ferais de mon mieux pour attirer l’opinion publique sur cette disparition. Plus d’un croient que Vladjimir Legagneur a été assassiné à Grand Ravine et enterré comme un chien dans cette zone de non-droit. Le métier du journalisme est un sacerdoce. N’est pas journaliste qui veut, mais qui peut. Dans un pays comme Haïti où rien ne marche à part la machine de la corruption et de l’inaction, le métier de journaliste est un métier très difficile à exercer. Les journalistes sont exploités et sont utilisés comme chair à canon en diverses occasions. Vladjimir Legagneur animait une émission intitulée « L’opinion » sur les réseaux sociaux. Marié, ce jeune homme avait des opinions et voulait se battre pour le changement. Le disparu est bel et bien un citoyen-soldat. Au moment où nous écrivons, nous n’avons aucune confirmation que le photo journaliste est mort ou vivant. Ce qui est certain c’est qu’il n’a pas donné signe de vie depuis le 14 Mars. Sa jeune femme est dans la douleur, ses amis sont déchirés et bouleversés. Que cette disparition ne soit pas une perte de vie. Pour tester si un pays vit selon les principes démocratiques, sa presse doit être libre et les journalistes doivent pouvoir exercer leur métier sans aucune contrainte. Nous n’avons jamais caché notre opinion sur le type de système en place en Haïti. Rien que hier, nous avons rédigé un texte qui parle en long et en large du système inaptocratique « peze souse ».

 

Depi jounalis koumanse tonbe, peyi a sou wout baskile. Depuis près d’une décennie, Grand Ravine est réputée comme une zone de non-droit. Nous nous rappelons de l’échauffourée qui a eu lieu en 2017 entre des assassins de cette zone et la police où plusieurs individus avaient perdu leur vie au local du collège Maranatha et un pasteur arrêté et malmené par des policiers. J’ai écouté à travers plusieurs stations de radios de la capitale le bandit en chef de Grand Ravine qui faisait l’apologie de la violence. Certains compatriotes croient que ces jeunes délinquants sont des victimes de la société. Depuis le début des années 80, certains éléments de la société commençaient à envisager comment faire des ghettos des zones de non-droit. Avec le départ de Jean Claude Duvalier, le terrain était propice pour armer des jeunes dans les bidonvilles et les transformer en assassins qui troublent la paix publique et font des exactions de toutes sortes. A un certain moment Cité Soleil était le bidonville la plus violente de tout le département de l’Ouest et du pays. Mais, aujourd’hui, la lumière commence à luire pour les riverains de Cité Soleil. Les notables de cette zone ont eu des causeries avec les jeunes assassins et aidés de certaines organisations de bienfaisance, certains ont choisi de déposer leurs armes pour apprendre un métier et vivre comme de paisibles citoyens, d’autres se sont relocalisés. La problématique de la violence dans les bidonvilles et cette question de zone de non-droit sont des réalités qui méritent d’être abordées en toute sérénité.

 

Il a fallu l’arrivée de la MINUSTAH en Haïti pour qu’enfin le citoyen lambda puisse comprendre le phénomène de l’insécurité en Haïti. Dans plusieurs rapports publiés par la MINUSTAH, les autorités militaires ont expliqué clairement que les gangs sont la création de gens puissants dans la société haïtienne comme les grands commerçants dit bourgeois répugnants et des politiciens. De 2015 à 2017, plus de huit saisies d’armes ont été effectuées dans plusieurs ports d’Haïti. Les saisies les plus spectaculaires ont été effectuées dans le port de Lafiteau appartenant au Groupe Bigio. Les responsables de la Sécurité Publique n’ont jamais fourni des explications à la population et la presse haïtienne ne fait pas de cette problématique sa priorité. Que doit-on penser ? La presse est-elle en connivence avec les trafiquants d’armes ? Les Brésiliens de la MINUSTAH avaient déclaré en 2006 que les bourgeois et les politiciens ont plus d’armes à feu que la Police Nationale d’Haïti. Quand nous savons qu’Haïti est une plaque tournante de la drogue et que les trafiquants de drogue, les contrebandiers et les blanchisseurs d’argent vivent de la violence organisée, nous comprenons que n’avons pas affaire à des individus, mais bien à une mafia et cette mafia prend le large de jour en jour en Haïti. Qu’est-ce qui doit être fait pour que des citoyens paisibles comme Vladjimir Legagneur cessent d’être des cobayes ?

 

Vladjimir Legagneur semble être un type très conscient de la réalité haïtienne à voir ses publications sur les réseaux sociaux et sa dernière émission en date où il parlait de l’éducation en Haïti. Je ne crois pas que Vladjimir aurait décidé seul de monter à Grand Ravine sans être en contact avec un caïd de la zone. Vladjimir est assez informé pour savoir qu’on ne se présente pas dans un quartier de non-droit avec un caméra photo et croire que les assassins qui prennent refuge dans la zone et qui terrorisent la population ne se sentiront pas menacés. Vladjimir Legagneur comme tout jeune journaliste avait foi en son pays et voulait bien exercer son métier, mais malheureusement il est victime de sa naïveté. Voilà pourquoi je prends tout mon temps pour écrire pour expliquer l’histoire de ce pays et commenter la réalité pour les jeunes. Un patron de média qui t’envoie dans une zone de non-droit pour faire un reportage doit te donner des garanties que tu vas rencontrer quelqu’un et que ta vie sera sécurisée. Il revient à la police de mener une enquête sérieuse sur la disparition de ce jeune dynamique, plein de vigueur qui a répété dans sa dernière prise de parole en public qu’il ne comptait pas émigrer au Chili. Ce qui est chiant dans le dossier de Vladjimir Legagneur est que la presse nationale ne parle presque de la disparition du journaliste. C’est au niveau des réseaux sociaux que la mobilisation est lancée. Chaque journaliste sérieux et honnête doit se questionner sur son avenir dans le métier de journaliste et doit se demander si le jeu vaut la chandelle.

 

Vladjimir Legagneur est un fils du peuple qui n’a pas un nom de famille qui ébranle qui n’as pas des parents qui ont le bras long. Nous souhaitons que sa disparition n’aille pas entrer dans les annales de la presse comme une simple disparition ou les bandits finiront par croire qu’ils sont réellement rois dans l’Haïti misérable où les bandits légaux font ce qu’ils veulent. Presque dans la même semaine de la disparition de Vladjimir Legagneur, la Cour de Cassation a annulé le jugement contre le kidnappeur Clifford Brandt. Se je wont je ki fè yo pa lage l. Quand vous voyez des soit disant journalistes vendre leur âme et conscience et se mettent en croix face aux desiderata du peuple haïtien, il faut bien se demander s’ils sont des « moun ». Le journalisme qui est un métier si noble et qui demande un certain courage est réduit à une peau de chagrin en Haïti. Dieu seul sait combien j’aime ce métier, mais ayant vu et côtoyé des journalistes moi-même, je n’ai jamais pensé que je pouvais naviguer dans cette marre boueuse avec des malandrins qui mettent leur plume et leur micro au service de ceux qui peuvent débourser. Les « machann mikwo » pullulent dans la société haïtienne. Aucun média n’est épargné. Les « machann mikwo » sont un peu partout dans la société. Il y en a qui sont très sophistiqués. Ils n’ont qu’une chose en commun : l’amour de l’argent et des biens matériels. Ils ne sont motivés que par le mal de paraitre. Nous n’avons pas besoin de citer leurs noms, mais ils sont connus et Bondye wè yo.

 

C’est très malheureux qu’un pays comme Haïti où la liberté de la presse devrait être garantie qu’il n’y a pas une organisation sérieuse pour défendre les droits des journalistes. Si Jean Dominique n’arrive pas à trouver justice, personne n’est épargné face à la machine sanguinaire qui sème le deuil. Ils ont politisé le dossier Jean Dominique jusqu’à ce qu’ils l’enterrent comme si rien ne s’était passé. Et pourtant, les assassins sont toujours dans la ville. Je pense à ces jeunes journalistes de la province qui, malgré les conditions difficiles exercent ce métier avec brio. Les machann mikwo tendent à salamiser le métier du journalisme en Haïti. C’est malheureux que la société civile et les organismes de droits humains fassent le jeu des bandits légaux dans le pays. Qui va demander justice pour le jeune Vladjimir Legagneur qui vaquait paisiblement à ses activités. Jusqu’à quand va-t-on continuer à avoir des zones de non-droit dans le pays ? Ce qui étonne plus d’un ces jours-ci est le silence des autorités, malgré les appels venant de tout part. Nous devons tenir la mobilisation. Les bandits légaux, surtout ceux qui sont dans les médias ont peur des réseaux sociaux. Ils comprennent bien l’influence de ces réseaux où le citoyen alpha peut faire passer son message et a droit à la parole. C’est fini le temps où l’on devrait faire la queue pour avoir droit à la parole. Avec l’internet, avec les nouvelles technologies de l’information chaque citoyen peut contribuer à informer, former et éduquer pour transformer.

 

Demain mercredi 28 Mars, plusieurs amis et proches de Vladjimir Legagneur se réuniront au Champs de Mars à partir de 10 a.m. pour lancer une marche du Champs de Mars au Parquet de Port-au-Prince où ils vont déposer une plainte formelle pour faire pression sur les autorités en place afin qu’elles puissent enquêter et faire la lumière sur la disparition du photo journaliste. Nous ne marchandons pas notre plume. Nos talents et nos capacités sont au service de la communauté. Nous faisons notre travail de citoyen-soldat et d’avant-gardiste. Jeunes de mon pays, vous êtes pris dans un engrenage. Les assassins et les bandits font partie d’une mafia qui est au service des nantis et des politiciens de ce pays. Nous avons affaire à un Etat cannibale. Voilà pourquoi les autorités policières et judiciaires sont silencieuses et ne comptent pas enquêter sur ce dossier si on ne les force pas la main. Vladjimir Legagneur est un citoyen comme tout citoyen. Il a droit à la vie. Nous espérons que ceux qui l’ont séquestré soient mis aux arrêts et que la lumière puisse être faite dans ce dossier qui donne froid au dos. Les inconscients de la classe moyenne font semblant que tout va bien, alors que tout va mal. Nous sommes assis sur une bombe à retardement qui peut être explosée à n’importe quel moment. C’est triste de le dire, mais comme Jean Dominique, Vladjimir Legagneur ne sera pas la dernière victime. Les bandits légaux ont pour cible les citoyens honnêtes, sérieux et compétents qui veulent lutter pour résister aux thuriféraires et faire jaillir la lumière dans tous les coins et recoins d’Haïti.

 

Nous souhaitons que nous n’ayons pas à dire condoléances à la famille de ce jeune journaliste porte disparu. Assez c’en est assez ! Le peuple périt à petits feux. Nous rappelons à tous que Vladjimir Legagneur était un jeune journaliste qui avait des idées et des opinions si bien qu’il animait en ligne une émission intitulée « L’opinion ». Les jeunes ne doivent pas cesser de parler et de crier leurs misères. Si ceux qui sont placés pour tacler les problèmes ne peuvent pas donner des résultats, les jeunes doivent les destituer et prendre leur place. Allons-nous attendre la disparition d’autres journalistes et de paisibles citoyens pour entamer un mouvement social révolutionnaire dans le pays où allons-nous prendre notre courage à deux mains pour contrecarrer les malfrats qui prennent toute une population en otage ? Malgré que nous savons que notre système de sécurité publique et judiciaire est contrôlé par des pourris, mais nous croyons qu’il faut mettre les soit disant autorités au pied du mur. Nous voulons justice pour Vladjimir Legagneur. Que le Dieu compatissant et fidèle donne la force à sa femme et à ses proches pour mener ce combat. La disparition de Vladjimir Legagneur n’est pas un cas isolé. Elle rentre dans le cadre de l’insécurité très bien planifiée et de l’intimidation orchestrée par les bandits légaux sur la population. Que la Sainte Trinité nous soit en aide !

 

Kerlens Tilus   03/27/2018

Futurologue/ Templier de Dieu

Snel76_2000@yahoo.com

 

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