Le triomphe des Haïtiens de bonne volonté / Kerlens Tilus

 

 

Le triomphe des Haïtiens de bonne volonté

 

Dans le tohu-bohu et le vacarme provoqués par les bandits légaux, des actions et des gestes importants des citoyens moyens sont négligés. Pendant que l’Etat Haïtien ne crée aucune condition pour avoir une économie viable, il y a des entrepreneurs qui s’activent sur le terrain pour donner la vie à des millions de gens. Pendant que la bourgeoisie d’affaires se livre à la contrebande et à l’évasion fiscale, il y a des millions de petits commerçants qui font vivre des millions de gens tant bien que mal. Je me souviens que l’un des moyens que les thuriféraires ont choisi d’étouffer le peuple était de faire la promotion du mouvement coopérativiste et ensuite écraser ce mouvement brutalement. Quand nous savons que c’est grâce au mouvement coopérativiste que le Québec a développé, en Haïti la constitution reconnait ce mouvement et encourage les Haïtiens à suivre cette voie. Malheureusement, un méchant comme Jean Bertrand Aristide a tué l’espoir dans le cœur des millions d’Haïtiens. Ces acolytes ont travaillé pour favoriser la méfiance du peuple avec le mouvement VOAM (Voye Ayiti Monte). Ensuite, c’est avec le mouvement coopérativiste qu’ils ont retiré toute velléité de la part des Haïtiens pour rassembler des fonds pour monter de petites entreprises. Plusieurs pays en Afrique ont utilisé le système de coopératives pour faire bouger leur économie. En Haïti, c’est un système qui aurait pu donner de grands résultats si l’Etat Haïtien n’était pas un état prédateur. J’encourage les jeunes à utiliser le modèle coopérativiste pour lancer des petits projets d’entreprise dans tout le pays.

 

Au tout début de l’émigration vers le Chili en 2014-2015, il fallait 4 à 5 mille dollars pour faire le voyage. Aujourd’hui, il faut à un jeune 7 à 8 mille dollars pour voyager vers le Chili. Vous allez comprendre mes chers amis qu’il n’y a pas d’économistes dans le pays. Comment des hommes qui se disent économistes peuvent regarder sans intervenir des milliers de jeunes qui ont la capacité de rassembler 7 à 8 mille dollars et qui laissent le pays pour aller dans un pays où il n’y a aucune certitude qu’ils trouveront une vie meilleure. Disons que ces jeunes auraient pu se regrouper par dix dans une communauté pour lancer des projets. C’est le rôle des économistes de mettre sur pied un incubateur pour lancer des idées de projets novateurs et rentables. Si l’Etat Haïtien n’était pas un état prédateur, les ministères du commerce, de l’économie et des finances, de l’agriculture et de la planification se mettraient au travail pour encourager les jeunes à investir leurs avoirs pour mettre en place des activités économiques rentables. Ce n’est pas sérieux qu’un pays aussi inégalitaire et instable comme Haïti que des hommes prônent l’idée de bourse haïtienne alors que nous savons qu’ils ne font que renforcer les activités de blanchiment d’argent. Aucun officiel, aucune institution n’a jamais demandé à l’Etat Haïtien de faire une investigation en bonne et due forme sur le dossier de coopératives qui ont fait faillite en Haïti. Cette affaire de coopératives sur l’Administration de Jean Bertrand Aristide était une vaste campagne de blanchiment d’argent. Il fallait blanchir l’argent de la drogue, alors ils ont trouvé un subterfuge, un alibi avec la question de coopératives.

 

Avec 70 mille et 80 mille dollars, un groupe de jeunes pouvaient monter de petites entreprises et l’Etat Haïtien pouvait garantir leurs investissements à un certain niveau. Le relèvement d’Haïti passe par la spiritualité, le social et l’économique. La politique qui occupe l’esprit de tout le monde vient après. Nous comprenons bien si un état est mal dirigé et organisé, il ne peut pas y avoir de stabilité pour que des activités économiques puissent avoir lieu. Nous n’allons pas trouver des investissements étrangers capables de mettre l’économie haïtienne sans un mouvement citoyen où les jeunes se mettent debout pour investir dans des activités économiques rentables. Je veux donner un challenge aux jeunes étudiants en économie de concevoir des plans et des projets de microentreprises pour donner un souffle nouveau à l’économie nationale. Nous devons prendre notre distance avec l’économie de rente pour enfin promouvoir une économie sociale de marché.« L’économie sociale de marché (en allemand : Soziale Marktwirtschaft) est un système économique fondé sur le capitalisme de marché, censé être naturellement social. Elle a été développée et mise en place en Allemagne de l’Ouest par l’Union chrétienne-démocrate, sous la direction du chancelier Konrad Adenauer à partir de 1949. Elle est fortement inspirée par l’ordolibéralisme, les idées de la social-démocratie et la doctrine sociale de l’Église catholique et, plus généralement, de l’éthique chrétienne. L’économie sociale de marché, c’est concilier à la fois l’économie de marché, présentée comme un universel indiscutable et indépassable, et le souci de la justice sociale. »

 

Nous avons une population jeune ; dans la solidarité, la jeunesse peut se prendre en mains et aider le pays à faire un bond en avant. Nous comptons lancer un vaste prix d’économie et d’innovation dans le pays pour permettre aux jeunes de penser à des idées d’entreprise où il faut seulement un budget de 50 milles dollars pour démarrer cette entreprise. Et, nous allons constituer un fond d’investissement où nous pourrons accompagner les jeunes. Les Arabes et les Juifs en Haïti ont été assez intelligents pour utiliser le motto haïtien : l’union fait la force. Ils ont trouvé les macoutes assez ignorants pour leur remettre l’argent du pays qui devrait être utilisé pour mettre sur pied une économie viable pour l’investir dans le commerce. Tous les grands noms que vous entendez dans le commerce, durant les années 40 et 50, ces hommes étaient des pauvres, « moun ki t ap bat dlo pou fè bè ». C’est François Duvalier qui a institué un programme clandestin pour aider ces gens à trouver du financement pour monter leurs entreprises et leur commerce. Tout le monde constate que les jeunes laissent le pays en masse pour le Brésil et le Chili, mais est-ce qu’il y a une commission qui s’intéresse à cette question pour chercher à comprendre ce phénomène et encourager les jeunes à rester au pays. Ce devrait être la priorité de tout gouvernement responsable. Aujourd’hui, nous devons investir dans l’économie de l’information et de la connaissance. C’est grâce à ces champs en economie que nous pouvons faire face aux problèmes d’émigration, aux problèmes de société qui ravagent le pays. L’Etat Haïtien doit cesser d’être moribond pour agir, pour encourager des recherches dans des espaces universitaires, au niveau des think thanks pour donner des réponses.

 

Au sein de la diaspora haïtienne, il y a beaucoup de professionnels haïtiens qui sont spécialistes en économie du développement et en développement durable. Ces professionnels auraient pu aider à contrecarrer ce vaste mouvement de départ. Avec ce même argent que les jeunes laissent le pays, ils pouvaient l’investir pour monter des entreprises. Comme économiste, nous comprenons la situation et nous savons ce qui doit être fait pour remettre les pendules à l’heure. Mais, tout ceci ne peut être fait avec les bandits légaux au pouvoir qui encouragent la violence structurelle. Il faut être assez intelligent pour comprendre que l’Etat Haïtien est anti-peuple, anti-vie, anti-développement. Regardons ce qui se passe à l’ONA par exemple. Pour obtenir des prêts sur sa cotisation, il faut avoir des contacts, et de très souvent, les gens qui obtiennent des prêts et qui sont bien souchés politiquement ne remboursent pas l’Etat Haïtien. Avec l’ONA seulement, l’Etat Haïtien aurait pu encourager un vaste programme de prêt pour encourager les jeunes à monter des entreprises. Des fois nous sommes frustrés, car nous passons tout notre temps à penser à ce qui n’est pas correct, à dénoncer, alors que nous aurions pu utiliser notre temps et nos méninges pour réfléchir sur ce qui doit être fait, sur les mécanismes à mettre en place pour revigorer l’économie nationale. Chaque année, des milliers de jeunes sont diplômés en administration, économie, en planification, en statistiques ; ces jeunes auraient pu travailler ensemble pour penser le comment faire pour remembrer l’économie nationale.

 

Haïti a besoin d’un vrai ministère de la jeunesse, une entité qui prendrait en compte la jeunesse dans tous ses aspects. Malheureusement, les bandits légaux ne pensent pas pays. Aujourd’hui, toutes ces initiatives ne peuvent être que des initiatives privées. Je me souviens quand l’histoire des coopératives qui faisaient des offres alléchantes avait décrété, j’avais vite contacté monsieur Frantz Prinvil du KOTELAM (Koperativ Tèt Ansanm pou Lavi Miyò), il m’avait dit que c’était une activité mafieuse et que le KOTELAM n’allait pas participer à cette activité de blanchiment d’argent. He bien, l’histoire a donné raison à Frantz Prinvil qui, jusqu’à aujourd’hui travaille pour renforcer le secteur coopérativiste. Nous avons des hommes et des femmes dans ce pays qui rêvent de son bonheur et qui travaillent durement chaque jour pour redorer son blason. Aujourd’hui, nous voulons mettre ces gens à l’honneur. Ils ne font pas de bruit, mais ils travaillent dans l’ombre et sont prêts à faire le sacrifice ultime. Les adultes et les professionnels sensés doivent encourager les jeunes à se grouper pour monter un vaste mouvement de jeunesse. Tout mon objectif est de travailler avec les jeunes, de les montrer comment faire pour se prendre en mains, comment tenir tête à et combattre l’Etat Haïtien prédateur. Malheureusement, la presse mafieuse nous boycotte. Depuis plus d’un an, nous essayons de trouver une station de radio où nous pouvons animer une émission de jeunesse, les patrons de médias nous disent que ces émissions ne rapportent pas. Comment pouvons-nous redonner confiance à la jeunesse si on ne le donne pas les moyens pour actualiser son potentiel et pour faire entendre sa voix.

 

Nous avons des dizaines de jeunes qui sont prêts pour lancer une émission de jeunesse qui peut révolutionner la pensée en Haïti, mais malheureusement c’est une mafia bien organisée qui dirige la presse en Haïti. Cette presse corrompue est contrôlée par la bourgeoisie compradore patripoche. Les patrons de médias encouragent la politicaillerie et donnent accès à leurs micros qu’à des analphabètes fonctionnels, des magouilleurs, des assassins et des arnaqueurs professionnels. Dans un état de droit, un journaliste est forcément un intellectuel, un professionnel de haut calibre qui doit avoir la compétence pour réfléchir sur tous les sujets possibles et imaginables. Un journaliste est une bibliothèque ambulante. Qui sont journalistes en Haïti ? Des analphabètes fonctionnels qui ont échoué en tout et à qui un micro est offert pour faire leur beurre. Haïti ne pourra pas changer s’il n’y a pas une réforme en profondeur dans le secteur de la radiotélédiffusion. Les dirigeants haïtiens font pitié, mais on ne peut pas se décourager. Nous devons continuer à avancer. Cela va prendre du temps, mais grâce aux réseaux sociaux, dans trois à cinq ans nous pouvons avoir des têtes de pont au niveau de la jeunesse sur qui les jeunes peuvent compter. Nous travaillons sur un vaste projet de mobilisation de la jeunesse haïtienne, Nous comptons toucher toutes les sections communales. Quelques mois de cela, nous avons annoncé notre intention de construire une bibliothèque virtuelle. Il est important que dans chaque commune que les jeunes puissent avoir accès à des livres. Une jeunesse combattante et travailleuse est une jeunesse éduquée, dynamique qui pense pour elle-même et qui bouge.

 

Les Haïtiens de bonne volonté finiront par gagner le pari de la liberté, de la souveraineté, de l’indépendance économique et du développement endogène durable. Tout ce qui est bon, bien et bon demande des sacrifices. Quand j’ai décidé à écrire en 2009, j’avais toujours ce désir de partager mes connaissances avec les autres. Quand en 2012, les circonstances m’ont poussé à écrire mon premier livre qui va être publié bientôt, j’avais la ferme conviction qu’avec l’écriture on pouvait mobiliser une grande majorité d’Haïtiens et changer les choses. Aujourd’hui, six ans après avoir embrassé l’écriture à temps plein, je vois et vis l’espoir. Je suis lu et je suis haï. Cela me dit que je dois être en train de dire de bonnes choses. Chaque année, je compte publier deux livres. Ces livres seront des compilations de textes. Je suis toujours disponible pour présenter des conférences et animer des séminaires gratuitement, à accompagner des jeunes qui veulent développer un leadership d’exécution. La jeunesse est bien l’avenir du pays. Nous ne pouvons pas sortir de l’ornière du marasme sans un mouvement de jeunesse viable en Haïti. Tenez bon mes compatriotes, car l’avenir nous appartient. Des fois, à force d’être frustrés, nous tirons à boulets rouges sur tout ce qui bouge. Mais, nous croyons que c’est dans le calme et la sérénité d’esprit que nous pouvons tacler nos problèmes et créer un nouveau paradigme. Nous croyons dans le pouvoir de la jeunesse, nous croyons dans le pouvoir de la volonté et de la détermination des Haïtiens conscients et conséquents qui risquent leur vie chaque jour pour donner le bon exemple et qui sont prêts à agir pour renverser le statut quo indécent. Que le Grand Architecte de l’Univers nous ouvre la voie de la rédemption. Ayiti pap peri. Vive la jeunesse combattante !

 

Kerlens Tilus     03/01/2018

Futurologue/ Templier de Dieu

Snel76_2000@yahoo.com

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