L’impopularité du président haïtien Jovenel Moise

President Jovenel Moise with drug dealer Guy Phillipe

 

L’impopularité du président haïtien Jovenel Moise

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Éditorial OMEGA, septembre 2017

Par Joel Deeb

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Le président Jovenel Moise, après son voyage aux États-Unis, retourne en Haïti , non pas comme l’enfant prodigue mais plutot pour faire face au mécontentement populaire et connait l’humiliation de la désapprobation confirmée.  Par son comportement quelque peu léger, qui semble alimenter la crise, des questions pressantes surgissent, mais à date, demeurent encore sans réponse.

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Le retour…

Le Président haïtien, Jovenel Moise, est arrivé à l’aéroport international de Port-au-Prince le 22 septembre 2017, après une courte visite aux États-Unis.  Durant son séjour, il a au travers de ses discours, notamment au siège de l’ONU, et par ses propos aux membres influents de la communauté haïtienne, accordé les meilleures notes au Gouvernement Moise-Lafontant, pour ce qu’il juge être “une performance exceptionnelle au cours des sept premiers mois de son mandat”.  Sa glorieuse auto-évaluation diffère pourtant brutalement de celle de l’haïtien moyen; et, apparemment, aussi de la perception de la diaspora haïtienne, comme en témoigne les manifestations critiques organisées à presque chaque étape de son voyage.

Voix du mécontentement …

Quoique restreints en nombre (moins de 100 personnes parfois), les groupes de mécontents se sont tout de même assurés d’une grande visibilité.  En effet, ils se sont fait remarques à chacun des évènements auxquels le Président Moise devait participer.  De plus, la critique du Gouvernement Moise-Lafontant a provoqué des records, au travers du taux de critique enregistré par le Président Moise sur tous les forums Haïtiens.

Blogs, Facebook, applications téléphoniques, toutes les ressources de l’ère de la communication électronique ont servi de véhicule pour dénigrer l’image moderne que le Président Moise cherche désespérément à promouvoir en ce qui attrait a son savoir faire et a sa vision des choses.  En plus des différents thèmes d’insatisfaction exprimés, et en plus du programme économique de 2017-2018 fort critiqué, une pléthore d’insultes contre le président Moise n’a cessé d’être relayée.  Et, comme pour s’assurer de justifier le discrédit jeté sur l’Exécutif, des Haïtiens de tous horizons, se sont arque boutés contre ce qu’ils déclarent être le manque de protocole du Président, ses costumes mal taillés et l’inélégance chronique de la Première Dame.

Comme l’a déclaré un entrepreneur haïtien concerné par ses investissements menacés, «lorsque le discours devient aussi personnel, cela indique habituellement un malaise qui est beaucoup plus profond que l’on ne saurait apprécier à l’œil nu». Dans une tournure assez étonnante, le peuple haïtien semble, depuis quelques semaines, dire que si ses leaders ont le droit de ne pas être parfaitement transparents, ils doivent au moins être bons ambassadeurs.

Échec de Propagande

En tout état de cause, il devient de plus en plus évident que lorsque le Président est retourné à Port-au-Prince le vendredi 22 septembre 2017, il soupçonnait déjà que le mécontentement croissant avait atteint de nouveaux sommets. Pourquoi autrement aurait-il programmé des interventions enrôlées par des membres de son Cabinet pour l’aider à mettre en scène un accueil populaire retentissant?

Dans un style adopté par la présidence de Michel Martelly, Jovenel Moise a orchestré ce qu’il prétendait être une démonstration de soutien de la foule adoratrice, dont la seule présence devait contredire les rapports de presse sur son impopularité croissante. Assuré par son personnel et ses fonctionnaires clés que toutes les mesures avaient été prises pour sa sécurité, et que des loyalistes marcheraient fougueusement à ses côtés, Jovenel Moise décida de faire une partie du parcours entre l’aéroport et le Palais, à pied.

Manque de discernement

Contre les recommandations et à l’encontre de ses récentes déclarations publiques où il s’était présenté comme homme de compromis, le Président Moise, dans un pas rythmé, à la cadence agressive des guerriers tribaux, a pris la rue avec son entourage bien obligé de le suivre.

Arrogant et défiant, avec un petit groupe de passionnés du parti PHTK (en vertu duquel il a été élu) le Président espérait un bain de foule qui n’est pas venu..  Un analyste politique à la retraite eut à poser la question qui pourrait s’appliquer dans ce cas, à savoir: “Est-ce que tous les paons en ouvrant leurs plumes colorées, si brillantes du front, oublient tout de suite, de la même façon, ils découvrent invariablement leur cul, dénudé et visible par derrière? “

Échec du comité d’accueil

Ce qui a commencé comme un groupe coloré, certains avec des t-shirts assortis à l’effigie du Président, d’autres avec des combinaisons foncées, certains avec des uniformes policiers et même des costumes  camouflage de militaires, s’est rapidement transformés en masse informe et désordonnée, lorsqu’une pluie de pierres s’est brutalement abattue sur le cortège du Président.

Le reste est une série de tentatives pitoyables par le Gouvernement et ses équipes de communication pour réécrire l’histoire, mais les images en circulation ne laissent aucun doute, quant à ce qui s’est produit, en particulier lorsque le Président haïtien a dû être refoulé à l’abri de son véhicule blindé par le personnel de sécurité rattaché à sa personne. C’est ainsi que Jets de pierres, rafales d’armes à feu, bouffée de gaz lacrymogène mirent fin à la promenade du jour.

Refus de conférer

On peut déterminer, à ce stade, que le Président, en plus d’être probablement en proie à une certaine naïveté et possiblement à un manque de sophistication, n’a pas su choisir les compétences intègres et efficaces pour l’accompagner.

Un jour avant les incidents de son retour, incidents qui ont encore érodé l’autorité et le prestige de la fonction, OMEGA avait publié une interview avec le Président de la branche législative confirmant que le « dialogue » était inévitable et même clé.  Le Président de l’Assemblée Nationale qui, au nom de la stabilité, a grandement soutenu tous les efforts de bonne volonté visant à calmer l’ambiance volatile d’insatisfaction généralisée, n’aurait pas pu être plus clair en déclarant: « si nous sommes en démocratie et qu’il y a des groupes qui ont des revendications, il faut recourir au dialogue. La communication doit être permanente. »

Alors que le Sénateur Latortue a été le premier à établir l’urgence d’une telle passerelle, passerelle que le Président peut encore pragmatiquement accueillir comme sienne, il n’est aujourd’hui plus le seul à préconiser cette option.  Depuis, et entre autre, même le Député Tardieu le suit en préconisant cette position. Aussi, si le Président Moise se refuse de marcher dans la ligne tracée par le chef institutionnel du pouvoir législatif, il pourra au moins écouter d’autres politiciens qui suivent le Sénateur Latortue, ou même certains membres de la société civile qui abondent dans le même sens.

A bon entendeur Salut!

Questions persistantes

Face aux grèves de tout genre annonces et dans tous les secteurs, inclus la JUSTICE, il est difficile de de comprendre l’entêtement de nombreux conseillers au sein de l’Exécutif qui veulent figer le Président dans une politique de « Gwo Ponyèt ».  Face à cet état de fait de nombreuses questions se posent sans que nous n’y ayons pu trouver réponse, parmi lesquelles :

POURQUOI JOVENEL MOISE MAINTIENT-IL AU SEIN DE SON ADMINISTRATION DES FONCTIONAIRES ACCUSES DE CORRUPTION PAR PLUSIEURS RAPPORTS LEGISLATIFS, JUDICIAIRES ET ADMINISTRATIFS, TANDIS QU’IL LUI FAUT RASSURER LA POPULATION SUR SON ENGAGEMENT CONTRE LA CORRUPTION?

NOUS AVONS TOUJOURS SOUTENU LE BIEN FONDE DU RAPPPORT PETROCARIBE, AUSSI NOUS TENONS EGALAMENT A DEMANDER: POURQUOI LE PRESIDENT MOISE NE VOUDRAIT-IL PAS SE SERVIR DE CETTE PLATE-FORME POUR LANCER LA REFORME ADMINISTRATIVE DE L’ETAT?

Trouver la réponse à ces questions non exhaustives sera la ligne d’enquête d’OMEGA cette semaine. Un membre de notre conseil a dit une fois: « Rien n’est anodin en politique, surtout si un leader exécute des actions qui vont à l’encontre du bien commun de son peuple ». Les lecteurs d’OMEGA WOLRD NEWS peuvent espérer d’autres éditoriaux pour donner suite à celui-ci, dans les prochains jours.

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