Le dossier de corruption de la TELECO refait surface dans un tribunal fédéral américain

 

Le dossier de corruption de la TELECO refait surface dans un tribunal fédéral américain

23 juillet 2017, 9:18 catégorie: Diaspora7 051 vue(s) A+ / A-

Alors qu’on croyait le dossier de corruption de la Teleco clos dans les tribunaux fédéraux américains, un nouveau rebondissement a été enregistré la semaine dernière, et risque de rouvrir la boite de pandore. En effet, le 19 Juillet dernier, Amadeus Richers, l’un des inculpés dans le cadre des poursuites engagées contre divers hommes d’affaires basés aux États-Unis accusés d’avoir soudoyé des officiels haïtiens pour obtenir de la défunte Teleco des tarifs préférentiels sur les appels internationaux, a plaidé coupable des charges retenues contre lui devant le tribunal fédéral du Sud de Floride. Il a aussi fait de nouvelles révélations dans le cadre de cette vaste opération de corruption, et a promis aux autorités sa collaboration dans la poursuite d’autres gens impliqués dans ce dossier.

Retour sur le scandale en question

Aux États-Unis, d’après un texte de loi dénommé Foreign Corrupt Practices Act adopté par le Congrès en 1977, les entrepreneurs opérant sur le sol américain sont interdits d’obtenir ou de maintenir des contrats à l’étranger en soudoyant les officiels des pays en question. D’après un acte d’inculpation rendu en 2011 par le Grand Jury contre Washington Vasconez Cruz (Président des compagnies de communication Uniplex et Cinergy), Amadeus Richers (Directeur de Uniplex et Cinergy), Cinergy Telecommunicatons, Patrick Joseph (ancien Directeur Général de la Teleco), Jean René Duperval (ancien directeur des relations externes à la Teleco) et Marguerite Grandison (soeur de Duperval), Cinergy et Uniplex ont versé plus de $1.4 million à des sociétés-écrans dans le dessein de soudoyer des cadres et des officiels du Gouvernement haïtien, dont les deux responsables de la Teleco suscités.

Les condamnations antérieures

Dans le cadre de ces poursuites, Joël Esquinazi fut condamné à 15 ans de prison pour son rôle dans cette opération. Carlos Rodriguez, jugé en même temps qu’Esquinazi, écopa de 84 mois d’emprisonnement. En 2009, Antonio Perez fut condamné à 24 mois et Juan Diaz, 57 mois de prison l’année dernière. En 2010, Jean Fourcand plaida coupable d’avoir servi d’intermédiaire dans la réception de paiements au profit des dirigeants de la Teleco et fut condamné à 6 mois de prison. La même année, Robert Antoine, ancien directeur des relations internationales à la Teleco, admit avoir reçu 1 million de dollars de pots-de-vin dans le cadre de cette opération, et fut condamné à 48 mois de prison. Finalement, en Mai 2012, Jean René Duperval fut trouvé coupable d’une vingtaine de chefs d’accusation dans le cadre de ce dossier, et fut condamné à 108 mois d’emprisonnement. Il combattit ces charges vigoureusement, et alla jusqu’à exercer un recours en vue de l’obtention d’un “writ of certiorari “ de la Cour Suprême des États-Unis qui refusa d’entendre l’affaire.

Le cas Amadeus Richers et ses implications

En dépit du fait que la mise en accusation contre Amadeus Richers fut obtenue en 2011, les autorités américaines n’ont jamais pu l’appréhender. Il fut désigné fugitif pendant toutes ces années, jusqu’à son arrestation au Panama en début d’année, avant son extradition vers les États-Unis. La semaine dernière, il a plaidé coupable de violation du Foreign Corrupt Practices Act. Voici une traduction du document de négociation de plaidoyer qu’il a signé avec les autorités américaines :

Les États-Unis disposent d’assez de preuves pour convaincre un jury de la culpabilité du défendeur au-delà de tout doute raisonnable.

De 2001 jusqu’à 2004, Richers et ses complices ont directement et indirectement versé environ 3 millions de dollars de potsde- vin à des officiels étrangers (NDLR : Haïtiens) employés par la Teleco, compagnie de télécommunications appartenant à, et gérée par l’État Haïtien et à un membre du pouvoir exécutif, en vue de garantir un contrat et un traitement préférentiel au profit de leur société, Cinergy. Richers était directeur général de Cinergy et d’Uniplex, deux entreprises qui avaient les mêmes adresse, dirigeants, et employés. Richers était impliqué dans la gestion quotidienne de Cinergy et d’Uniplex, et recevait ses ordres de Washington Vasconez Cruz, propriétaire de ces entreprises.

De 2001 à 2003, Richers, de concert avec et sur ordre de Vasconez Cruz, versa environ 1.2 millions de dollars à deux hauts cadres de la Teleco, Patrick Joseph, directeur général et Robert Antoine, directeur de relations externes de cette institution. Les chèques furent émis à l’ordre d’une société-écran, JD Locator, qui appartenait à Juan Diaz, un ami de Robert Antoine, dans le dessein de dissimuler le paiement des pots-de-vin. Par exemple, un chèque datant du 7 janvier 2002, d’un montant de 140.000 dollars américains, fut émis à l’ordre de JD Locator à partir du compte en banque d’Uniplex. Des coconspirateurs dans cette affaire, dont Juan Diaz, facilitèrent le transfert des 140.000 dollars à Patrick Joseph en Haïti au nom de Cinergy. Richers était impliqué dans l’émission par Uniplex de neuf chèques additionnels au bénéfice de Joseph et Antoine, par l’entremise de JD Locator.

Au cours de la même période, Richers, de concert avec et sur instruction de Vasconez Cruz, rendit possible le paiement de 1.2 million de dollars à une autre société-écran dans le dessein de soudoyer un autre officiel qui appartenait à la branche exécutive du gouvernement haïtien.

En 2003, suite à un changement opéré dans la structure dirigeante de la Teleco, Richers et ses coconspirateurs commencèrent à adresser leurs paiements au nouveau directeur des affaires externes, Jean René Duperval, pour maintenir le traitement préférentiel, et obtenir l’extension de leur contrat au-delà de ses termes originels. Vasconez ordonna à Antoine, qui, à ce moment-là, était passé de la Teleco à Cinergy, de négocier les termes du soudoiement de Duperval avec celui-ci. De septembre à novembre 2003, Richers et ses coconspirateurs facilitèrent l’émission de chèques totalisant 142.460 dollars à une entreprise de promotion musicale que possède le frère de Duperval. Peu après, Crossover Records transféra ces fonds au compte privé de Duperval.

De 2003 à 2004, Richers, de concert avec et sous l’ordre de Vasconez Cruz, facilita l’émission par Uniplex et Cinergy de chèques totalisant environ 257.000 dollars américains à une société-écran, Telecom Consulting Services, incorporée au nom de la soeur de Duperval. Des paiements subséquents furent alors effectués par Telecom Consulting Services à Duperval et à sa femme, et déposés aux comptes personnels de Duperval. Richers et ses conconspirateurs créèrent aussi des documents corroboratifs frauduleux dans l’esprit de dissimuler le paiement de ces pots-de-vin.

Le défendeur accepte de coopérer pleinement avec les autorités en: (a) fournissant des informations et des témoignages complets et véridiques et en produisant des documents et autres preuves lorsqu’il sera appelé à cet effet par les autorités, soit pour accorder des interviews, pour témoigner devant un grand jury ou dans tout procès ou toute procédure judiciaire, (b) se présentant à de telles procédures devant un grand jury, audiences, procès et autres procédures judiciaires, et à des réunions lorsque les autorités le désireront, et (c) agissant, sur demande des autorités, comme agent d’infiltration sous la supervision et en accord avec des agents de l’ordre. En plus, le défendeur accepte de ne protéger aucune personne ou entité soit en donnant de fausses informations ou par omission, et qu’il n’accusera faussement aucune personne ou entité non plus.

Après lecture de ce document, le lecteur se posera sûrement la question suivante : pourquoi les autorités américaines y ont nommément cité Jean René Duperval et Patrick Joseph, et non le troisième personnage, cet “officiel du pouvoir exécutif haïtien” ? Qui est-il ? Qu’est-ce qui va se passer ? Affaire à suivre.

Frandley Denis Julien

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